De nombreux articles s’étendent sur « l’année du retour » (The Year of return) concernant les descendants des déportés Africains, programme initié par le Président du Ghana , Nana Akufo-Addo, en 2019, et sur l’invitation en novembre 2024, de Patrice Talon, Président du Bénin, à demander la nationalité béninoise sous certaines conditions.
La loi béninoise n° 2024-31 du 2 septembre 2024 relative à la reconnaissance de la nationalité béninoise aux Afro-descendants en République du Bénin, stipule en son 1er article :
La présente loi a pour objet de définir les conditions et les modalités spécifiques suivant lesquelles les personnes reconnues comme afro-descendants peuvent acquérir la nationalité béninoise par reconnaissance.
Puis en son article 2 : Est Afro-descendant au sens de la présente loi, toute personne qui, d'après sa généalogie, a un ascendant africain subsaharien déporté hors du continent africain dans le cadre de la traite des Noirs et du commerce triangulaire.
Les conditions posées par cette loi sont les suivantes :
- avoir dix-huit ans révolus ;
- être ressortissant d'un Etat ou territoire non africain ;
- disposer de la preuve de son afro descendance.
La loi expose ensuite les moyens de preuve :
La preuve de l'afro-descendance est fournie par le demandeur au moyen de toute documentation d'état civil ou officielle, de tous témoignages constatés par acte authentique ou par tout moyen technique ou scientifique, tel que le test ADN réalisé par une structure reconnue par la République du Bénin.
Crédit photo couverture : © Le président Patrice Talon en visite au mémorial de Sao Luis, monument de la diaspora africaine.
Le concept du « retour » sur la terre des ancêtres de l’Afrique subsaharienne sur la base de l’histoire du commerce triangulaire soulève de nombreuses questions à la fois empiriques et philosophiques.
Ce retour nécessite une faculté d’adaptation dans un nouvel environnement, même si nous avons conservé certaines caractéristiques sociologiques des familles ancestrales africaines. Nous avons formé de nouveaux peuples et créé des cultures particulières issues d’histoires spécifiques, que ce soit aux Etats-Unis, au Brésil ou dans les Caraïbes. Ce retour aux racines ne peut être comparé au retour des individus déportés dans les dernières années avant l’abolition de l’esclavage et ayant formé le Liberia, ou encore au retour des Agoudas dont nous avons parlé dans un article précédent.
Certains, attirés par cette aventure ont réussi leur intégration, mais la plupart d’entre eux ont réalisé qu’ils ne vivaient qu’un rêve du retour très éloigné de ce qu’ils avaient pu imaginer.
Barack Obama, ex-Président des USA, à son retour de sa visite au Kenya (2007), conscient de l’inadéquation des discours sur l’identité noire déclarait : Les Noirs américains ont toujours eu une relation ambiguë à l’Afrique. Aujourd’hui nous portons des vêtements Kente, célébrons le Kwanza et collons des posters de Nelson Mandela sur nos murs. Et quand nous voyageons en Afrique et découvrons que tout n’est pas beau et brillant, nous en revenons souvent profondément déçus.
Africanews dans un article en ligne intitulé Le Benin accorde la citoyenneté aux descendants d’esclaves cite les expériences de Nate Debos, musicien américain de la Nouvelle Orléans et de Nadège Anelka, née en Martinique et dirigeante d’une agence de voyages créée récemment au Bénin.
Pour Nate Debos : "En fin de compte, je suis un Américain, même lorsque je suis habillé avec les merveilleux tissus et costumes que l'on trouve au Bénin".
Nadege Anelka déclare que ses motivations pour obtenir la nationalité béninoise étaient surtout symboliques.
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Le Bénin accorde la citoyenneté aux descendants d'esclaves | Africanews
La nouvelle loi, initiée par le président Patrice Talon, en poste depuis 2016, s'inscrit dans le cadre d'un effort plus large du Bénin pour faire face à son propre rôle historique dans la trai...
https://fr.africanews.com/2024/12/16/le-benin-accorde-la-citoyennete-aux-descendants-desclaves/
By Rédaction Africanews avec AP du 16/12/2024
Maryse Condé, célèbre écrivaine guadeloupéenne, dans une interview accordée à Vèvè A. Clark du magazine Callaloo, accuse : « Les partisans de la Négritude ont fait une grave erreur et ont causé beaucoup de tort aux Antillais aussi bien qu’aux Américains noirs. Nous avons été amenés à croire que l’Afrique était la source. C’est la source mais nous avons cru que nous trouverions une patrie alors que ce n’est pas une patrie. Sans la négritude nous n’aurions pas subi un tel degré de désillusion. »
Et encore « L’unité et la solidarité du monde noir véhiculées dans les discours de la négritude ne sont, de toute évidence, qu’un leurre, de même que le « retour aux sources ». (Histoire de la femme cannibale, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2005).
L’article d’Africanews a le mérite de « remettre les pendules à l’heure » et d’imposer l’honnêteté quant à l’histoire de la traite transatlantique :
« Le Bénin a ouvertement reconnu son rôle dans la traite des esclaves, une position qui n'est pas partagée par de nombreuses autres nations africaines qui y ont participé. Dans les années 1990, le Bénin a accueilli une conférence internationale, parrainée par l'UNESCO, afin d'examiner comment et où les esclaves étaient vendus.
En 1999, le président Mathieu Kérékou s'est agenouillé lors d'une visite dans une église de Baltimore et a présenté ses excuses aux Afro-Américains pour la participation de l'Afrique à la traite des esclaves. »
Pourquoi alors, proposons-nous une histoire et une mémoire sélective imposant une responsabilité concernant les européens et non les africains ? Et pourquoi, lorsque nous parlons de retour aux sources, n’envisager qu’un retour sur les terres d’Afrique ? Pour pousser la réflexion plus loin, si je découvre mes origines danoises autant qu’africaines, pourquoi ne pourrai-je pas réclamer la nationalité danoise au nom de mes ancêtres danois ?
L’histoire de la traite transatlantique s’étale sur plusieurs siècles et les généalogies familiales sont très diversifiées et rares sont les lignées qui peuvent être dénommées comme uniquement africaines. Il est certain que certaines familles désignées comme « blanches » peuvent avoir un ancêtre unique africain ayant vécu au 16e siècle, sans en avoir connaissance, ni même retrouver aucune trace d’adn lié à l’Afrique et relatif à cette époque. La loi béninoise « du retour » ne dit rien sur la couleur de peau. Il faut prouver avoir un ascendant de l’Afrique subsaharienne ayant vécu la traite et ne pas détenir une nationalité africaine. Nous sommes donc probablement des millions, quelles que soient nos couleurs de peau, à être en capacité de demander la nationalité béninoise.
Un autre sujet d’interrogations, induit par la loi béninoise 2024-31, réside dans les moyens de preuves incluant les actes civils et les analyses adn, moyens de preuves possibles, mais parsemés d’obstacles.
A la rupture culturelle et identitaire s’ajoute une fiabilité souvent incertaine des archives : secrets des familles, reconnaissances de parents adoptifs, inexactitudes volontaires ou non des actes, naissances ou décès non déclarés, etc.
Quand aux analyses adn reconnues par les autorités béninoises, elles demeurent cependant interdites sur le sol français. On doit noter qu’une proposition de loi, à l’initiative de l’actuel Ministre de la justice, M. Gerald Darmanin, est actuellement en cours d’examen devant l’assemblée nationale pour passer ensuite devant le Sénat et devrait permettre la légalisation des analyses génétiques à partir de juillet 2026, assortie toutefois de son encadrement éthique.
D’autre part, et le Président Patrice Talon le déclare ouvertement, ainsi que l’affirme l’article en ligne d’Africanews, le "tourisme de mémoire" axé sur l'héritage de la traite négrière est devenu une stratégie clé du gouvernement béninois pour attirer les étrangers. Le Bénin a besoin de créateurs, d’entrepreneurs et le lien transatlantique avec sa diaspora fait partie des moyens de développement de son économie.
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