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Développer les échanges avec la Caraïbe et les Amériques en consolidant les liens avec la France et l'Europe, est-ce possible ?

Agir en coordination, avec l’objectif de développer de nouveaux circuits économiques en préservant les existants ne constitue pas une utopie, mais dépendent de synergies de volontés politiques, économiques et financières qui ont d’ailleurs déjà été mises en place ou sont en cours de mise en œuvre. L’idée centrale étant le développement économique avant une transformation radicale institutionnelle.

 

Des programmes expérimentés à relancer

On peut citer le programme TEECA lancé en 2018 et qui devait s'achever fin 2021.

TEECA signifie Trade Enhancement for the Eastern Caribbean, que l'on peut traduire par renforcement des échanges commerciaux dans la Caraïbe orientale.

Le projet était porté par la CCI Martinique, avec plusieurs partenaires :

  • l'OECO — Organisation des États de la Caraïbe orientale ;
  • Caribbean Export Development Agency ;
  • la Collectivité territoriale de Martinique ;
  • et le programme européen INTERREG Caraïbes. (OECS)

Son objectif était de soutenir les entreprises martiniquaises à vendre dans les pays voisins de la Caraïbe anglophone. Le programme travaillait sur les obstacles très concrets : connaissance des marchés, réglementation, partenaires commerciaux, langue, culture des affaires, stratégie commerciale, participation à des salons et création de partenariats. 29 entreprises avaient été sélectionnées pour bénéficier d'un accompagnement personnalisé pendant deux ans. (OECS)

Ou encore le programme INTERREG Caraïbes avec le soutien du FEDER. Ce programme a des ambitions plus larges. INTERREG est le nom donné aux programmes européens de coopération territoriale et son sous-programme INTERREG Caraïbes permet aux territoires français des Amériques — notamment Martinique, Guadeloupe, Guyane et Saint-Martin — de travailler avec les territoires et États de leur environnement caribéen.

Le programme 2014-2020 couvrait une zone extrêmement vaste, allant de la Caraïbe jusqu'à l'Amérique centrale et une partie de l'Amérique du Sud. (OECS). Sous l’angle économique, il présente un caractère novateur car l'Europe finance une coopération entre un territoire européen — la Martinique — et des territoires qui ne sont pas européens.

Cela permet de financer des projets communs dans des domaines tels que :

  • économie et innovation ;
  • environnement ;
  • énergie ;
  • coopération entre entreprises ;
  • formation ;
  • mobilité ;
  • santé ;
  • culture ;
  • gestion des risques.

Le FEDER (Fonds européen de développement régional) soutenait donc la chaîne économique suivante :

Union européenne  => FEDER  => INTERREG Caraïbes  => Martinique + voisins caribéens  => CCI Martinique + OECO + Caribbean Export + CTM  =>   entreprises =>   exportations et partenariats régionaux.

Dans le cas de TEECA, le financement était de 2 millions d'euros, cofinancé par INTERREG Caraïbes au titre du FEDER. (OECS)

On peut citer des bénéficiaires du programme TEECA :

  • Une entreprise martiniquaise de services médicaux, Martinique Medical Care, a ainsi utilisé le programme pour développer des activités à la Barbade.
  • Une autre entreprise martiniquaise, AirZoon, a développé une solution de hotspots Wi-Fi à Sainte-Lucie. (OECS)

Cela signifie que l'intégration régionale ne commence pas nécessairement par les grands groupes ou les infrastructures gigantesques. Elle peut commencer par :

Une PME un client à Sainte-Lucie un partenariat à la Barbade une implantation à Trinidad puis éventuellement un marché américain.

Des passerelles économiques vers la Caraïbe existent déjà et ont fonctionné : INTERREG, FEDER, OECO, CCI, Caribbean Export ... Il serait intéressant d’obtenir un compte-rendu sur les résultats, ce qui a fonctionné et les blocages.

Développer les échanges avec la Caraïbe et les Amériques en consolidant les liens avec la France et l'Europe, est-ce possible ?
Développer les échanges avec la Caraïbe et les Amériques en consolidant les liens avec la France et l'Europe, est-ce possible ?

Non au chaos économique

Le débat actuel qui agite la Martinique "autonomie contre maintien dans la République" est un débat idéologique, donc ne reposant sur aucune possibilité d’actions concrètes et qui signifierait « chaos économique contre stagnation mortifère ».

Il s'agit ici de construire les relations suivantes :

France + Europe + Caraïbe + Amérique. Ces relations étant basées sur les piliers suivants :

  • Conserver et sécuriser les échanges avec la France et l'Europe.
  • Développer progressivement les échanges avec la Caraïbe et les Amériques.
  • Créer des entreprises suffisamment dynamiques pour devenir elles-mêmes des acteurs régionaux.

Le défi pour la Martinique serait de devenir une interface : un territoire européen au cœur de la Caraïbe. C'est une contrainte lorsqu'on raisonne uniquement en termes de coûts. Mais cela peut devenir un avantage si l'on raisonne en termes de plateforme économique, juridique, financière, technologique et logistique.

La diversification régionale est déjà en marche

La France soutient officiellement l'intégration régionale des collectivités françaises des Amériques. (Questions Assemblée Nationale)

La Martinique est membre associé de l'OECO, aux côtés notamment de la Guadeloupe; Saint-Martin a également rejoint l'organisation comme membre associé en 2025. (OECS)

En juillet 2026, la conférence régionale de coopération des Antilles-Guyane s'est précisément tenue en Martinique, avec pour objectif affiché de renforcer l'intégration des territoires français dans leur environnement régional. (OECS)

Même plus concrètement, la CCI Martinique et la Team France Export ont organisé une mission de prospection à Trinidad-et-Tobago en mars 2026, destinée aux entreprises martiniquaises, guadeloupéennes et guyanaises souhaitant explorer la Caraïbe anglophone. (CCI Martinique)

 

Un changement de paradigme et des verrous

Pour construire une Martinique « porte d'entrée » plutôt qu'une Martinique « périphérique », les verrous sont de taille et méritent que nous en citions quelques uns.

Le verrou des contraintes sociales

Du fait des contraintes sociales françaises et européennes, les coûts d'exploitation des entreprises martiniquaises sont structurellement beaucoup plus élevés que les coûts d'exploitation des autres entreprises caribéennes, ce qui déséquilibre les échanges. C'est pourquoi, il faut impérativement compenser ces handicaps structurels par la mise en place d'une zone franche sociale. À défaut, la Martinique ne sera jamais suffisamment compétitive pour espérer vendre à ses voisins ; elle ne ferait qu'acheter... et creuser son déficit commercial.

Le verrou de la taille des entreprises

Une PME martiniquaise peut avoir un excellent produit et être parfaitement compétitive localement, mais ne pas avoir les moyens de :

  • recruter un commercial anglophone ;
  • participer à plusieurs salons internationaux ;
  • financer des déplacements ;
  • adapter ses emballages ;
  • traduire sa documentation ;
  • gérer des certifications différentes ;
  • assurer le service après-vente à l'étranger ;
  • financer plusieurs mois de prospection avant les premières commandes.

Il faut donc imaginer des alliances entre entreprises. Une entreprise seule peut être trop petite. Dix entreprises regroupées autour d'une même filière peuvent devenir beaucoup plus visibles et nécessitent des programmes de coopération régionale tels que le programme TEECA, par exemple qui a été conçu pour accompagner les entreprises martiniquaises et celles de l'OECO vers les marchés régionaux et renforcer leur compétitivité. (OECS)

Le verrou administratif et réglementaire

Une entreprise qui vend en Guadeloupe ou en Martinique connaît son environnement réglementaire. Mais vendre à Sainte-Lucie, à Trinidad-et-Tobago, au Canada ou aux États-Unis signifie affronter plusieurs systèmes juridiques, fiscaux, douaniers et normatifs.

« Comment rendre notre produit exportable sans que le coût administratif détruise notre compétitivité ? »

Il faut donc développer des compétences spécialisées : douanes normes certification propriété intellectuelle contrats fiscalité assurances logistique.

L''accompagnement public est donc indispensable. La Team France Export regroupe aujourd'hui l'État, les Régions, Business France, les CCI et Bpifrance et accompagne les entreprises sur les marchés étrangers. (Team France Export)

Le verrou linguistique

La Martinique est francophone. Mais son environnement économique immédiat est largement anglophone ou hispanophone : Trinidad-et-Tobago, Sainte-Lucie, la Dominique, Antigua-et-Barbuda, la Barbade, la Jamaïque, les États-Unis, le Canada anglophone...

Cela signifie que l'anglais ne devrait plus être considéré uniquement comme une compétence scolaire. Il devrait devenir une compétence économique stratégique.

Mais, ces nouvelles extensions économiques sont l’occasion d’étendre l’influence de la langue française vers ces territoires et devraient permettre des échanges fréquents et fructueux d’étudiants et d’enseignants.

Le verrou financier à l’export

Une entreprise qui veut conquérir un marché étranger doit souvent investir avant d’obtenir un bénéfice.

Elle doit financer :

  • l'étude de marché ;
  • les déplacements ;
  • les stocks ;
  • les certifications ;
  • les traductions ;
  • les représentants locaux ;
  • le transport ;
  • les délais de paiement ;
  • les assurances ;
  • parfois l'installation d'une structure locale.

Pour une petite entreprise, les investissements sont donc conséquents. Il faut donc que le financement de l'export devienne aussi naturel que le financement d'un investissement domestique. Il s’agit de l'un des axes de la politique française d'accompagnement à l'export : financement, accompagnement et développement des compétences internationales. (France Diplomatie)

Le verrou logistique

Pour devenir une plateforme commerciale régionale, la Martinique doit avoir les moyens logistiques adéquats : des connexions maritimes et aériennes régulières, des capacités de stockage, des plateformes logistiques et les formalités douanières doivent être simplifiées, lissées et même annihilées.

En conclusion, il serait donc dangereux de bouleverser brutalement les circuits actuels. Mais créer progressivement de nouveaux circuits à côté des circuits existants est une réalité économique pragmatique et accessible. Lorsque les nouveaux circuits deviennent suffisamment performants, ils pourront progressivement prendre une place plus importante.

 

Construire la région Antilles-Guyane de demain nécessite évidemment une symbiose des volontés entre le politique, l’économique et le monde financier. Nous opposer à travers des arguments idéologiques nous condamnent à une stagnation ou une régression certaine.

 

Credit image de couverture : JC Fichet - Cartolycée

Sources : PNUD ; CNUCED STAT ; UNWTO ; OXFAM ; Michel Desse, Jusline Rodne Jeanty, Monique Gherardi, Simon Charrier. Le tourisme dans la Caraïbe, un moteur du développement territorial. IdeAs : idées d'Amérique, 2018, 12, 10.4000/ideas.4239.hal-03138227; La Mer des Caraïbes, Carto Le monde en cartes N°30, avril 2015

Tag(s) : #Opinions, #Monde économique
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